En bref
Les frais de notaire ne sont pas le salaire du notaire : ce sont surtout des taxes sur l’achat immobilier que l’étude collecte pour l’État, le département et la commune. Dans l’ancien, la facture tourne autour de 8 % du prix du bien, contre 2 à 3 % dans le neuf acheté à un promoteur. Depuis avril 2025, la loi de finances a permis aux départements d’augmenter cette taxe de 0,5 point : la hausse ne s’applique pas aux primo-accédants, et certains départements leur accordent en plus un abattement. La rémunération du notaire reste pour sa part réglementée, avec une remise possible au-delà de 100 000 € de valeur de bien. Avant de signer, deux réflexes valent de l’argent : se servir du simulateur officiel des notaires et demander au notaire le taux applicable dans votre département.
Sommaire
De quoi parle-t-on exactement ?

L’expression « frais de notaire » est trompeuse. Sur un achat immobilier, la grande majorité de la somme versée au notaire n’est pas sa rémunération : c’est de la fiscalité locale. Le notaire collecte, mais ne conserve presque rien. La facture se décompose en quatre blocs :
- Les droits de mutation à titre onéreux : le poste le plus lourd. C’est un impôt local qui comprend une taxe départementale (4,50 % du prix, portée à 5 % dans de nombreux départements), une taxe communale (1,20 %) et des frais d’assiette versés à l’État. Le notaire reverse ces sommes, il ne les garde pas.
- La contribution de sécurité immobilière : 0,10 % du prix. Elle finance le fichier administratif qui consigne qui possède quoi.
- Les débours : des frais réels avancés par l’étude auprès de tiers (cadastre, géomètre, syndic, documents). Ils sont remboursés sans marge, à l’euro près.
- Les émoluments du notaire : sa rémunération. Elle suit un barème national dégressif, identique partout : 3,870 % de 0 à 6 500 €, 1,596 % jusqu’à 17 000 €, 1,064 % jusqu’à 60 000 €, puis 0,799 % au-delà. Une TVA de 20 % s’ajoute à ces taux hors taxes.
Pour un achat de 200 000 €, l’application de ce barème donne environ 1 995 € d’émoluments hors taxes, soit 2 395 € TTC. Sur une facture globale de l’ordre de 16 000 €, l’étude encaisse donc une petite part : moins de 15 %. C’est pourquoi beaucoup de professionnels préfèrent parler de frais d’acquisition. Autre point à connaître : les tarifs notariaux sont publics. Si une ligne de la facture vous semble étrange, elle se vérifie, et se conteste en cas d’erreur.
Le coût dans l’ancien, avec un exemple chiffré
Prenons une maison de 200 000 € dans l’ancien, dans un département qui a voté la hausse de 0,5 point. Après application des taux, on obtient l’ordre de grandeur suivant :
| Poste | Montant approché |
|---|---|
| Droits de mutation (DMTO, taxe départementale relevée) | environ 17 000 € |
| Contribution de sécurité immobilière (0,10 %) | 200 € |
| Débours | 1 000 € environ |
| Émoluments du notaire (barème + TVA) | environ 2 400 € |
| Total | environ 20 500 €, soit environ 8 % du prix |
Dans les départements qui n’ont pas voté la hausse, le total redescend vers 7,5 % du prix. Sur des biens plus chers, les frais fixes pèsent relativement moins, le ratio baisse légèrement. Sur des biens à petit prix, le ratio monte, la première tranche du barème étant la plus lourde.
Deux cas particuliers viennent modifier la facture. Si vous achetez à crédit, la garantie réclamée par la banque (hypothèque ou privilège de prêteur de deniers) crée des frais supplémentaires, avec leurs propres émoluments et formalités. Si le bien est vendu meublé (cuisine équipée, électroménager, meubles), une partie peut être déduite de l’assiette des taxes : le sujet est traité plus bas.
Ces montants restent des ordres de grandeur. Le total exact dépend du département, du type de bien, du financement et de la date de signature. C’est ce qui rend le simulateur officiel des notaires si utile avant un compromis de vente : il croise montant, type de bien et département en un seul passage.
Neuf ou ancien : un écart qui dépasse 10 000 €
C’est l’écart le plus important du calcul d’achat, et souvent le plus mal anticipé. Le régime fiscal change selon la nature du bien :
- Logement ancien : droits de mutation classiques, autour de 8 % du prix.
- Logement neuf vendu par un promoteur (VEFA ou bien jamais habité) : la TVA de 20 % est déjà comprise dans le prix vendeur, et la taxe de publicité foncière tombe à 0,715 %. Total des frais : 2 à 3 % du prix.
Sur un même budget de 220 000 €, la différence est concrète : environ 17 500 € de frais dans l’ancien, contre environ 5 100 € dans le neuf sous régime réduit. Soit un écart de plus de 12 000 €. Le neuf garde donc une vraie attractivité budgétaire dès que le projet le permet, au-delà des arguments habituels sur la performance énergétique.
Trois précautions sur cet arbitrage. D’abord, le neuf se vend souvent plus cher au m², ce qui réduit dans les faits l’avantage des frais — le calcul global se fait sur le prix du bien, pas sur la seule ligne de frais. Ensuite, le régime réduit ne s’applique qu’achat auprès d’un professionnel ; un bien revendu quelques années après sa livraison bascule vers le régime classique. Enfin, la règle s’étend aux terrains à bâtir achetés à un professionnel avec engagement de construire, et un terrain acheté à un particulier lui reste extérieur.
Droits de mutation : hausse et abattement primo-accédant
Depuis avril 2025, ce poste a changé. La loi de finances 2025 a instauré deux mécanismes, que beaucoup d’articles confondent :
La hausse de 0,5 point
Les conseils départementaux ont été autorisés à relever la taxe départementale de 4,50 % à 5,00 % au maximum. Cette faculté vaut pour les ventes signées du 1ᵉʳ avril 2025 au 31 mars 2028. Concrètement, 0,5 point sur un achat de 200 000 €, c’est 1 000 € de plus. Sur 400 000 €, 2 000 €. La hausse n’est pas automatique : chaque département décide par délibération. Au 1ᵉʳ juin 2025, 73 départements sur 101 l’avaient votée. Une délibération votée après le 15 avril 2025 ne peut s’appliquer qu’à partir de janvier 2026 : une signature début 2026 peut donc encore relever du taux antérieur dans certains départements.
L’abattement primo-accédant
Un second mécanisme vient plafonner l’effet pour les primo-accédants (ceux qui n’ont pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des deux années précédant l’acte) :
- L’exonération automatique : la hausse de 0,5 point ne s’applique pas aux primo-accédants. La taxe départementale reste alors à 4,50 %.
- L’abattement facultatif : chaque département peut aussi voter un abattement d’assiette, plafonné à 50 000 € (il peut être voté à 25 000 €, ou pas voté du tout). La taxe se calcule alors sur la part du prix au-dessus de cet abattement, ce qui réduit davantage encore la facture.
C’est une question exacte à poser au moment du compromis : « Mon département applique-t-il l’abattement primo-accédant, et à quel plafond ? » La réponse dépend strictement du lieu d’achat.
Sur un achat à deux, le ministère des Finances a précisé : en indivision (concubins, pacsés sous régime séparatiste), la personne qui remplit les conditions de primo-accédant échappe à la hausse à hauteur de sa quote-part. En mariage sous régime communautaire, il faut que les deux époux remplissent les conditions pour que l’exonération s’applique à l’ensemble.
Peut-on négocier les honoraires du notaire ?
Le barème des émoluments est national et réglementé. Ce n’est pas un marché, il n’y a pas de libre concurrence sur sa base. Depuis 2021, en revanche, une marge réelle existe : le notaire peut accorder une remise maximale de 20 % sur la fraction de ses émoluments au-delà de 100 000 € de valeur de bien. En pratique :
- En dessous de 100 000 € : aucune remise possible.
- Entre 100 000 € et 200 000 € : l’économie reste faible, de l’ordre de quelques centaines d’euros.
- Au-delà de 200 000 €, et surtout sur les biens d’un montant élevé : la remise peut dépasser 1 000 €, jusqu’à plus de 2 000 € sur les gros biens.
Cette remise est facultative : le notaire peut la refuser, et il la refuse parfois, en particulier pour éviter des écarts entre situations comparables. Elle doit être demandée explicitement avant signature, pas supposée acquise.
À ne pas confondre avec la révision tarifaire périodique du barème : une baisse technique de quelques points de pourcentage intervient de temps en temps, sans jamais effacer la hausse de la taxe locale. La remise de 20 % est un autre mécanisme, elle, négociable dossier par dossier.
Réduire la facture : les gestes qui comptent
Contrairement à l’idée reçue, une facture notariale ne se subit pas tout à fait. Voici les gestes concrets, classés du plus rentable au plus marginal :
- Arbitrer correctement entre neuf et ancien quand le choix reste ouvert. Un écart de plus de 12 000 € de frais sur un achat moyen : c’est le levier le plus lourd de la liste. Si votre projet tolère le neuf, le calcul mérite chiffres en main, pas de sentiment.
- Vérifier le taux départemental et l’abattement. Le demi-point départemental peut ajouter 1 000 € à la facture ; l’abattement primo-accédant peut alléger l’assiette. Les deux se vérifient auprès du notaire ou via le simulateur officiel.
- Déduire le mobilier correctement. Si la vente inclut du mobilier (cuisine équipée, électroménager, meubles), sa valeur peut être exclue de l’assiette. Sans inventaire, l’administration tolère jusqu’à 5 % du prix ; au-delà, il faut un inventaire documenté avec factures. Utilisée proprement, cette déduction vaut quelques centaines d’euros sur un achat moyen. Trop poussée sans preuve, elle provoque un redressement.
- Demander la remise sur les émoluments quand le prix dépasse 100 000 €. Modeste mais réelle.
- Lire la facture provisoire remise avant signature. Une ligne incomprise se signale à ce moment. En cas de désaccord, une réclamation écrite auprès de l’étude, puis le médiateur du notariat, une procédure gratuite, si le problème persiste.
Sur ce qui ne marche pas, autant être honnête : déclarer un prix inférieur au prix réel expose à un redressement fiscal ; déduire un mobilier disproportionné sans facture, de même ; changer de notaire pour payer moins ne sert à rien, le barème étant identique partout.
En dernier repère : les montants cités ici suivent la réglementation en vigueur en 2026. Le barème des émoluments est révisé périodiquement, la fenêtre des droits de mutation se referme théoriquement au 31 mars 2028, et les décisions départementales avancent à leur rythme. Avant un compromis de vente, revoyez le calcul sur le simulateur officiel et faites confirmer le taux de votre département par le notaire. Cinq minutes qui évitent les mauvaises surprises une fois la signature prise.








